Layakat Ali, notre éducateur, répond aux questions de notre stagiaire, Sabine

1. Pouvez-vous nous parler de vos qualifications et de votre expérience dans le domaine de la santé et de l’hygiène ?
J’ai un master en sociologie, un diplôme d’état en santé publique et un certificat pratique en management de santé publique.
Au niveau de mon expérience professionnelle, j’ai travaillé quarante ans sur un projet de santé communautaire qui visait à guérir, prévenir et promouvoir l’éducation à la santé dans les villages et les écoles, au travers de formations sur les pratiques d’hygiène et de santé, de programmes scolaires et culturels, de films et expositions…
2. Dans quelles agences internationales avez-vous travaillé ?
- La fondation Damian, basée en France, pendant 37 ans,
- Acted France, pendant 3 ans,
- Architecture et Développement pendant un an,
- Caritas France.
3. Pouvez-vous nous expliquer l’importance d’une bonne sensibilisation à l’hygiène et à la gestion de l’eau ? En quoi cela détermine-t-il la réussite d’un projet ?
L’hygiène est à la base de la santé. Chacun doit faire attention à son hygiène personnelle et à celle de son environnement : l’eau, l’air, la terre, ainsi qu’à son alimentation pour mener une vie saine.
Plus de la moitié des maladies et décès des jeunes enfants sont provoquées par les germes présents dans leur alimentation, l’eau ou sur leurs mains.
Beaucoup d’entre eux meurent à cause de maladies liées à l’eau. Il est nécessaire de sensibiliser la communauté sur l’hygiène et l’eau, afin de garantir la durabilité des projets.
4. Quel est le meilleur moment pour aborder la sensibilisation au cours d’un projet ? Quelle est la fréquence de ces séquences ?
Le meilleur moment pour démarrer la sensibilisation est au début du projet. Mais il est important de renouveler les séances régulièrement et d’effectuer un suivi pour s’assurer de la bonne compréhension des sujets étudiés, et ce jusqu’à la fin du projet. Une activité comme le théâtre de rue par exemple peut avoir lieu deux fois par mois.
5. Quels sont les publics visés ? Le message est-il différent selon les groupes visés ?
Les femmes, les adolescents, les élèves, les chefs de village et les jeunes villageois sont les groupes principaux que nous ciblons lors de ces séances.
Le message est le même pour tous mais les méthodes et les moyens de communication sont différents selon le public. Il est très important d’apprendre aux enfants les bonnes pratiques d’hygiène car les enfants d’aujourd’hui sont les citoyens de demain. Par les enfants, le message passe à travers toute la famille et tout le village.
6. Quel est le contenu du programme ? Quels sont les sujets abordés ?
Il y a différents types de formations selon les thèmes abordés. Par exemple, concernant la formation sur la gestion de l’eau et l’assainissement, nous étudions l’hygiène, le respect de l’environnement, les maladies liées à l’eau, l’eau potable, la gestion des déchets solides et des eaux usées, l’importance des toilettes et leurs méthodes d’utilisation.
7. Quels outils et moyens utilisez-vous afin de capter l’attention de votre audience ?
Cela dépend : nous pouvons travailler avec des formations individuelles, des formations au porte à porte, par foyers, ou bien encore des campagnes de groupe. Nous utilisons comme outils des posters, des prospectus, des diapositives des films, des présentations de groupe, des expériences, des jeux de rôle, des études de cas…
8. Quelle est la réaction de votre audience aux séances de sensibilisation ? Les populations sont-elles assidues dans le suivi des séances ? Attentives à la formation délivrée ? Les sentez-vous motivées et désireuses d’apprendre et de mettre en pratique ?
Généralement, la réaction de l’audience est bonne et les populations participent aux séances régulièrement. Ils viennent de manière assidue car ils comprennent que c’est dans leur intérêt, que l’éducation est gratuite, que c’est une condition obligatoire à la bonne réalisation du projet.
Grâce au travail de médiation de l’éducateur, les populations restent concentrées, posent des questions, s’engagent dans des débats… et réalisent ainsi des restitutions de groupe, des jeux de rôle.
9. Rencontrez-vous souvent des problèmes ? Un défaut d’attention ? Des difficultés à faire passer certains messages ? Des difficultés à aborder des sujets un peu « tabous » ?
Non, aucun, ou très rarement. La grande majorité des gens montre un vif intérêt pour ces séances collectives.
10. Comment mesurez-vous l’impact des formations sur la population ? Constatez-vous une différence dans les habitudes des populations avant et après les séances ?
Si le groupe est analphabète, une fois la séance terminée, nous résumons les points abordés et à travers leurs réponses, nous voyons s’ils ont bien intégré ces nouvelles connaissances et ce qui les a le plus marqué.
Si c’est un groupe éduqué, nous distribuons des questionnaires nommés « KAP » (Knowledge, Attitude and Practice) avant et après la séance pour évaluer le niveau de connaissance.
Lors d’une séance de suivi post projet, on peut tester à nouveau les populations pour mesurer le niveau de sensibilisation.
11. Quelle est la meilleure méthode à suivre pour sensibiliser à l’eau et l‘hygiène ?
Eduquer les populations tout en leur apportant un accès à une eau de qualité est la meilleure méthode. Former des comités responsables du suivi du projet est nécessaire pour la participation locale, qui en détermine le succès.
12. Comment mesurer le changement de comportement avant et après la réalisation du projet ?
A travers les questionnaires « KAP », le respect et la maintenance des infrastructures, les rapports de suivi des comités de gestion et des organisations locales, les changements d’habitude de la communauté (propreté, hygiène…), nous pouvons mesurer l’impact de nos projets sur les populations.
13. Pouvez-vous nous parler rapidement de votre expérience et de votre motivation pour le métier d’éducateur en eau et hygiène ?
Je suis toujours très motivé par mon travail, même après quarante ans de vie active. Je ne compte pas m’arrêter pour le moment car je vois des résultats concrets et positifs.
Sans l’éducation, les comportements ne peuvent évoluer et les projets ne sont pas durables.
14. Vous souvenez vous d’un fait marquant à nous relater au cours de votre travail pour Kynarou ?
Dans les trois derniers villages réalisés par Kynarou, les populations ont montré un grand intérêt pour les populations et ont amélioré leur connaissance. Notre coordinateur local, RadjaMourty, et notre volontaire, Marie Eliçagaray, ont également su encourager nos programmes de sensibilisation et leur donner beaucoup d’importance au sein des projets.
Cela a été déterminant et très utile pour la motivation des populations et la réussite des projets.

