Mardi 6 avril 2010

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Une interview des ingénieurs de la fondation Sogreah

Une interview des ingénieurs de la fondation Sogreah

Interview de Ruth Tekhlemedin et Christelle Caprera, ingénieurs mission Sogreah 2010



Quel poste occupez-vous à Sogreah en France ?



Ruth : Je suis ingénieure hydraulicienne urbaine en eau potable et assainissement en France et pour l’export à l’étranger.


Christelle : Je suis technicienne en hydraulique, je m’occupe de projets d’assainissement et d’apport d’eau potable dans les zones urbaines de plusieurs villes de France dans différentes régions.



Qu’est ce qui vous a poussé à candidater pour la mission Sogreah Kynarou ?



Ruth : Au début je n’ai pas candidaté pour l’Inde mais pour la Côte d’Ivoire pour une mission en hydrogéologie dans une association. Quand j’ai vu l’annonce pour la Côte d’Ivoire je me suis dit que cela m’intéressait mais c’était de l’hydrogéologie, ce qui ne correspondait pas vraiment à mon profil. J’ai donc candidaté sans avoir le profil type et passé l’entretien en précisant que si les recruteurs trouvaient une personne ayant le profil type, ils ne devaient pas hésiter à la recruter à ma place. Ils m’ont alors demandé pourquoi je n’avais pas postulé pour l’Inde et si cela m’intéressait quand même. J’ai dit oui, passé l’entretien et obtenu la mission. A la base je voulais faire une mission humanitaire, le but étant de faire un projet de développement, plus encore que de réaliser un voyage. Ce qu’on fait d’habitude, c’est du surplus dans des pays qui n’ont pas de besoin, pour des investisseurs privés et riches. Je voulais participer à un projet de développement.


Christelle : Je correspondais au profil et j’ai vu cela comme l’aboutissement de mon métier, de mes années d’expérience que je souhaitais mettre au profit d’un projet d’aide. De plus, cela apporte une expérience humaine et professionnelle.



Comment pensiez-vous utiliser vos compétences sur le terrain ?



Ruth : En appliquant ce qu’on connait. Chaque projet est unique, on se l’approprie en fonction du contexte.


Christelle : Ca collait vraiment à ce qu’on fait en France : la collecte de données. On a donc fait comme d’habitude.



Est-ce que vous vous attendiez à ce type de mission ? Avez-vous été surprises en découvrant le travail sur le terrain ?



Ruth : Je m’attendais un peu à ça. On ne s’attendait pas à ce que le projet soit redéfini. A part ça, pas de grosse surprise. On se demande juste si ce qu’on a décidé va avoir lieu ou non, étant donné la hiérarchie politique en Inde.


Christelle : Moi j’ai eu des doutes, j’ai été surprise en apprenant que le gouvernement avait également un projet d’apport en eau potable. Je me suis demandé si notre projet ne ferait pas doublon avec celui du gouvernement dont on ne connaissait pas les dates. Ca nous dépassait. J’ai du me dire de ne pas me poser de questions annexes et de réaliser la mission pour laquelle j’avais été envoyée.



Quelles sont les différences entre une mission en France et une mission en Inde ?



Ruth : Ce ne sont pas les mêmes moyens, il faut toujours adapter des données qui ne sont pas vérifiées, pas représentatives, il faut faire avec. Le but est d’améliorer, pas de faire un projet parfait. Au niveau technique, la façon de faire locale est complètement différente, par exemple au niveau du remblaiement des canalisations. Ici il n’y a pas de plan de recollement. Les entreprises ne laissent pas de traces de ce qu’elles ont fait.


Christelle : L’énorme différence est qu’on n’a pas les mêmes normes, pas les mêmes moyens, pas les mêmes mises en œuvre au niveau des travaux.



Avez-vous rencontré des difficultés lors de votre mission sur un plan technique, social, culturel… ?



Ruth : Au niveau technique, la grande difficulté est que l’on ne peut pas savoir si ce qu’on propose sera adapté à la situation.


Christelle : Il a été difficile d’avoir les bonnes informations techniques. En revanche, nous n’avons pas rencontré de grandes difficultés culturelles. Nous ne sommes restées que 15 jours, peut être qu’en restant plus longtemps… Mais les indiens qu’on a rencontré ont eu un bon contact avec nous.



Comment s’est fait votre intégration culturelle et sociale dans le bidonville ?



Ruth : Je trouve que les habitants ont été réceptifs et accueillants. C’est à nous de faire attention, d’essayer de ne pas trop déranger.


Christelle : On ne peut pas réellement parler d’intégration mais on a été tolérées. Les habitants du bidonville se sont montrés curieux.



Quelle image de Kynarou vous êtes vous faite ?



Ruth : Celle d’une équipe féminine pleine d’ambition. Vous aimez ce que vous faites.


Christelle : Charly et ses drôles de dames ! Une équipe dynamique, impliquée, sérieuse, efficace.



Une anecdote de votre mission ou de votre séjour ?



Ruth : Le hochement de tête des indiens, que l’on n’a pas compris mais qui nous a beaucoup plu.



Quel impact aura eu la mission dans votre vie professionnelle et/ou personnelle ?



Ruth : Pour moi, cela représente un challenge professionnel car j’étais loin des seniors experts auxquels je me remets dès que j’ai une question, le fait d’avoir à réfléchir à tout par moi-même représentait un challenge. Humainement, c’est toujours intéressant de découvrir un autre pays, on en apprend toujours quelque chose, c’est enrichissant, même si on ne voit pas forcément les bons côtés du pays.


Christelle : Professionnellement, je voulais travailler à l’étranger pour voir ce que ça donnait car je ne travaille qu’en France. Je voulais aussi découvrir des gens que je ne connais pas et une autre culture.



Quels souvenirs en garderez-vous ?



Christelle : Un bon souvenir ! La nourriture est très bonne ! Je me suis sentie en sécurité. Je pense qu’on peut voyager seul en Inde sans se faire embêter, ça m’a surpris.


Ruth : La nourriture est bonne, les indiens sont extrêmement sympas, extrêmement humbles, dignes. Ils ne viennent pas nous chercher pour nous demander de l’aide. Le point commun avec l’Afrique est la pauvreté mais ici ils n’en parlent pas. J’ai été agréablement surprise par le comportement des gens. Je les trouve quand même un peu fermés, si on ne va pas vers eux, ils ne vont pas venir vers nous. La saleté m’a choqué aussi. Je les imaginais plus pauvres mais moins sales. En entrant dans une maison, on doit enlever les chaussures mais à côté de ça ils jettent leurs déchets devant la maison !


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